Ces dernières années, le regard porté sur l’Afrique et la manière dont le continent, ses habitants, sa culture et son histoire sont représentés dans notre pays sont devenus des sujets particulièrement actuels.
Cette évolution est le reflet d’un malaise : que peut-on faire, que peut-on dire et que doit-on faire lorsqu’il est question de l’Afrique ? Ce sont principalement des citoyens d’origine africaine qui, aujourd’hui, pointent avec impatience les blessures du passé et posent des questions auxquelles ils refusent désormais de recevoir des réponses vagues ou de ne recevoir aucune réponse. Ils réclament des changements tant culturels que politiques. Ainsi, beaucoup considèrent comme incompréhensible l’absence ou la très faible présence de références à Patrice Lumumba dans l’espace public.
Pourtant, l’Africa FilmFestival est convaincu que les choses peuvent changer. Qui aurait cru, dans les années 1980, qu’il existerait un jour en Flandre des places et des rues portant les noms de Martin Luther King ou de Nelson Mandela ? Et pourtant, elles existent aujourd’hui. Un nouveau regard sur le passé peut-il trouver sa place dans le présent ? Le Musée royal de l’Afrique centrale a lui aussi engagé un processus de transformation, sous l’influence des nouvelles connaissances historiques et de la présence croissante des diasporas africaines. Le changement est donc possible. Cette conviction constitue l’une des visions fondamentales de l’Africa FilmFestival, même si nous sommes conscients que cette évolution demeure complexe et loin d’être acquise.
La mission de l’Africa FilmFestival est de faire entrer dans l’espace public des récits et des images du passé et du présent de l’Afrique : dans les salles de cinéma, les musées, les centres culturels, les écoles, les quartiers et les médias. L’Afrique est le continent le plus proche de nous, celui avec lequel nous avons inévitablement été en relation, hier comme aujourd’hui. Elle fait partie de notre culture, de notre histoire et de notre quotidien.
Pourtant, alors que nous vivons dans une société où l’information et les images circulent presque sans frontières, ces récits atteignent de moins en moins le grand public. Les clichés sur l’Afrique et la « déshumanisation » de ses habitants continuent à se manifester avec une étonnante persistance. C’est précisément cette problématique qui est au cœur de la conférence Humanizing Art, Culture and Media.
L’affiche de cette 23e édition met à l’honneur la jeune actrice tunisienne Mariam Al Ferjani, révélée par le film La Belle et la Meute, symbole des femmes qui font entendre leur voix.
We Are Womanists constitue le fil rouge du festival et se retrouve dans l’ensemble de la programmation : films, conférences, performances de slam, ateliers et expositions. La Tunisie figure également parmi les pays mis à l’honneur cette année.
Depuis de nombreuses années, l’Africa FilmFestival suit de près le cinéma sud-africain et ne pouvait laisser passer sans le souligner le centenaire de la naissance de Nelson Mandela. Cette commémoration s’inscrit dans le cadre des activités organisées à Louvain autour du souvenir de la fin de la Première Guerre mondiale, placées cette année sous le thème Paix et citoyenneté mondiale. À cette occasion, un programme cinématographique spécial a été élaboré au M – Museum Leuven, avec la participation d’invités prestigieux, dont l’auteur et militant sud-africain Andrew Feinstein.
Le festival s’ouvre avec le dernier film franco-tchadien de Mahamat-Saleh Haroun, qui raconte l’histoire d’un père africain et de ses deux enfants réfugiés en France. Le rôle principal est interprété par Eriq Ebouaney, qui figurait également sur l’affiche du festival en 2017.
Pour les YAFMAs, seize courts métrages ont été sélectionnés, tandis que cinq documentaires remarquables concourront pour le Prix de la Commission flamande pour l’UNESCO. Ces projections auront lieu, comme chaque année, durant le premier week-end du festival au M – Museum Leuven. Les lauréats seront annoncés le vendredi 4 mai lors de la prestigieuse Film and Artists’ Awards Night au Kinepolis, au cours de laquelle un ou plusieurs films primés seront également projetés.
Le festival propose à nouveau plusieurs expositions en collaboration avec le club photographique louvaniste Foto Gamma, les bibliothèques de Kessel-Lo et de Heverlee, ainsi que la Bibliothèque universitaire. Les soirées-débats accompagnées de documentaires marquants se tiendront dans la salle de l’ABVV, devenue au fil des ans un lieu familier du festival.
L’Africa FilmFestival a déjà parcouru un long chemin, mais il est conscient qu’il ne peut conserver sa pertinence qu’en relevant les nouveaux défis avec un regard contemporain et en restant attentif aux évolutions culturelles, tant au Nord qu’au Sud.
Cela implique un travail de fond, l’acquisition de nouvelles connaissances, le renforcement de la coopération avec les acteurs culturels africains sur le continent et en Belgique, ainsi que la volonté de toucher un public aussi large et diversifié que possible. C’est pourquoi les collaborations avec des initiatives locales, régionales, nationales et internationales sont une évidence pour l’Africa FilmFestival et constituent une composante essentielle de son fonctionnement.