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La 29e édition : Explorer les identités

Une programmation vibrante pour tous les publics

Cette année marque un moment historique dans l’histoire du cinéma belge. Pour la première fois, le film représentant la Belgique aux Oscars était l’œuvre d’un réalisateur belgo-congolais : Baloji Tshiani, installé à Gand, avec son film Augure. Le film avait déjà été sélectionné au Festival de Cannes, où il a remporté le prestigieux New Voices Award. Augure occupe naturellement une place centrale dans cette édition placée sous le signe d’Explorer les identités. Vivant entre deux cultures, Baloji exprime fortement les questions identitaires à travers son œuvre. À partir de cette perspective, l’AFF souhaite approfondir la manière dont les cinéastes afro-descendants vivent cette dualité et cherchent leur place dans la société.

La nécessité d’ouvrir le débat sur l’identité apparaît aujourd’hui plus urgente que jamais. Dans une société toujours plus diverse, où coexistent des cultures de plus en plus nombreuses, il devient essentiel de s’interroger sur la représentation et la présence des Africains dans le cinéma, la langue, les arts, les médias et, plus largement, dans la vie publique. La polémique suscitée par les refus répétés de financement du Fonds audiovisuel flamand (VAF) à Baloji en est un exemple révélateur.

À travers le thème Explorer les identités, cette 29e édition souhaite donc mettre davantage en lumière l’importance d’un festival du film africain ainsi que la nécessité de représenter la diversité des identités.

Lors de la création du festival en 1996, les cinéastes africains — en particulier ceux vivant en Europe — affirmaient que les questions identitaires prendraient une importance croissante à mesure qu’un nombre grandissant d’Afropéens s’emparerait de la caméra. Ils souhaitaient ainsi acquérir une visibilité dans le paysage audiovisuel local et faire en sorte que leurs récits fassent partie intégrante de la vie culturelle des sociétés où ils vivent, ce qui est essentiel à la cohésion sociale et à la démocratie.

L’AFF est né d’un constat : l’absence de récits africains dans notre paysage médiatique. Aujourd’hui, certains progrès sont visibles, mais la situation demeure fragile. Il semble absurde de devoir encore mener ce combat, mais la suppression des subventions du VAF dont nous avons été victimes démontre malheureusement le contraire. La disparition de ce soutien structurel nous laisse face à un avenir incertain.

Cependant, nous refusons de baisser les bras. Afin de pouvoir organiser cette année nos activités essentielles et précieuses, nous avons lancé une campagne de financement participatif qui se clôturera le premier jour du festival, le 19 avril. Le soutien reçu ces derniers mois confirme non seulement la valeur et la pertinence de ce festival, mais aussi le rôle sociétal important que joue l’Africa FilmFestival dans notre société. Par cette voie, l’AFF souhaite remercier chaleureusement toutes les personnes qui nous ont soutenus, de quelque manière que ce soit, ainsi que les institutions et organisations telles que la Ville de Louvain, Africalia, la KU Leuven, l’AfricaMuseum et la Commission flamande pour l’UNESCO pour leur confiance. Vous êtes le terreau fertile qui rend ce festival possible.

Mais qu’on se rassure : malgré ces difficultés, l’AFF reste plus déterminé que jamais. Cette année, nous redoublons d’efforts pour offrir une plateforme aux talents afro-descendants, qu’ils soient issus de Belgique ou du continent africain, afin de faire entendre leurs voix et de partager leur créativité avec un large public. Nous espérons ainsi continuer à promouvoir le cinéma africain et afropéen dans notre pays à l’avenir. Nous sommes donc extrêmement fiers de la programmation que nous proposons cette année, qui s’inscrit dans la vision de développement durable poursuivie par notre festival.

L’AFF a toujours suivi de près le cinéma afro-belge, ses réalisateurs, réalisatrices, acteurs et actrices, en programmant leurs œuvres et, dans certains cas, en les soutenant activement. En 2022, nous avons organisé pour la première fois une compétition belge de courts métrages ainsi qu’un atelier permettant à ces jeunes cinéastes issus d’horizons divers de se rencontrer et d’échanger. Cette année encore, vous pourrez découvrir ces courts métrages remarquables et puissants dans le cadre de la compétition Belgian Shorts. Leurs récits abordent souvent les questions d’identité à travers des perspectives tantôt communes, tantôt profondément différentes. Les influences socioculturelles et politiques vécues, directement ou indirectement, par les cinéastes originaires du Congo ou du Rwanda diffèrent de celles qui marquent les réalisateurs du Ghana, du Nigeria ou du Maroc, particulièrement lorsqu’ils vivent en Belgique. Cette complexité fait partie intégrante de la culture dans laquelle nous vivons ici à Louvain, en Flandre, en Belgique et en Europe. Elle contribue également à humaniser notre paysage médiatique, à enrichir notre culture et à faire du spectateur un véritable citoyen du monde. Afin d’inscrire cette réflexion dans une perspective plus large, l’AFF s’intéresse également aux autres disciplines artistiques : danse, illustration, littérature, mode ou encore musique.

Parallèlement à son attention portée aux cinéastes afropéens, l’AFF continue de mettre en lumière les productions récentes venues d’Afrique et réalisées par des cinéastes africains. Nous considérons cette démarche comme essentielle pour décoloniser notre regard sur le monde. Ces films permettent non seulement de mieux comprendre la richesse et la complexité des cultures et sociétés africaines, mais ils contribuent également à une meilleure connaissance du continent, de ses habitants et, surtout, de sa créativité. À Cinema ZED, l’AFF présente les films les plus récents qui ont déjà rencontré un vif succès dans les grands festivals internationaux et qui mériteraient leur place dans toute programmation de cinéma d’auteur, mais dont la plupart n’ont pas encore trouvé leur place dans le paysage cinématographique belge.

En complément de la compétition Belgian Shorts et de notre focus sur les longs métrages africains, cette année accueille la 10e édition du prix récompensant le meilleur court métrage africain : les Guido Huysmans Young African Filmmaker Awards, plus connus sous le nom de YAFMAs. La sélection est répartie sur quatre programmes et un constat s’impose : la qualité des films progresse considérablement d’année en année. Dans la plupart des cas, il s’agit de premières belges. Les projections auront à nouveau lieu au M Leuven, tout comme celles des documentaires qui seront évalués par un jury de la Commission flamande pour l’UNESCO.

Exceptionnellement, nous organisons également cette année une journée de commémoration marquant le 30e anniversaire du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994. À cette occasion, nous présenterons des films offrant une perspective rwandaise sur ces événements et échangerons avec des cinéastes rwandais sur le rôle que l’art peut jouer dans les processus de mémoire et de reconstruction. L’objectif n’est pas de revivre les événements et cette initiative n’a aucune visée politique ; elle entend avant tout célébrer la culture rwandaise et sa résilience. Nos invités rwandais participeront également à la traditionnelle Journée Congo-Rwanda.

Pour la première fois, l’AFF ouvre son festival avec un film nigérian : Mami Wata, qui aborde une réalité africaine où les croyances traditionnelles sont remises en question, influençant la culture et l’harmonie d’un village. Le film constitue en quelque sorte une allégorie du continent africain contemporain en pleine transformation. En mai dernier, la presse flamande indiquait qu’Augure était le seul film belge sélectionné à Cannes, alors que Mambar Pierrette de Rosine Mbakam avait également été retenu à la Quinzaine des Cinéastes. Rosine est une figure fidèle du festival depuis 2009, et c’est avec son film consacré à une femme camerounaise forte et résiliente que nous clôturons cette édition.

Entre ces deux œuvres majeures s’étend tout un univers d’images, de rencontres et d’activités inspirantes qui démontrent clairement pourquoi un Africa FilmFestival est aujourd’hui plus nécessaire que jamais.

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